L’université, la qualification et la recherche d’emploi

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Beaucoup d’entre nous, expatriés au Japon, sommes enseignants; beaucoup travaillent en université; et beaucoup se demandent parfois quel est le sens de ce qu’il font, voire celui du système universitaire tout entier! En effet, si 97 % des étudiants trouvent du travail après l’université (et même, comme on va le voir, avant même d’en sortir), très souvent, ce travail n’a rien à voir avec leurs études. Les étudiants de langues étrangères, par exemple, deviendront des employés comme les autres, des vendeurs, des agents d’accueil ou des techniciens, qui n’utiliseront pour la plupart pas un mot de la langue qu’ils ont apprise. Et ce de leur vie entière.

En France, votre diplôme détermine en grande partie ce que vous allez faire. Hors grandes écoles, ce n’est pas l’établissement dont vous sortez, mais la filière, ainsi que le nombre de vos années d’étude qui comptent. Au Japon cependant, les établissements étant rigoureusement classés les uns par rapport aux autres, c’est avant tout l’université dont vous sortez qui fait la différence. Les étudiants ayant un diplôme de langue étrangère peuvent très bien être engagés dans une boîte d’informatique ou d’immobilier. En effet, c’est l’entreprise qui forme ses employés, et seul le niveau général de l’étudiant l’intéresse.

Au Japon, la candidature spontanée et le CV détaillé sont inconnus. Ce sont surtout les entreprises qui font le travail de recrutement, car elles veulent attirer les futurs diplômés de telle ou telle université. Elles organisent alors de grandes réunions d’embauche (souvent dans les universités même).

Pendant la période de recrutement, les étudiants portent un costume noir spécial, qu’ils n’utiliseront ensuite plus jamais dans la vie. Le recrutement se déroulant désormais de plus en plus tôt dans le parcours universitaire, la qualité des études en pâtit dramatiquement (nombreuses absences, fatigue, stress).

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Des étudiantes en « recruit-suit »

Les jeunes sont souvent engagés avant leur diplôme, et prennent leur service tous ensemble au 1er avril, à la fin de l’année scolaire. Presque tous obtiennent une promesse d’embauche avant la fin de leurs études. Pour les rares qui sont restés sur la touche, ce peut être un drame, car ils sont déjà hors du système.

Enfin, notons que les étudiants qui sortent de grandes universités tendent à entrer dans de grandes entreprises. Ceux qui ont fait des universités modestes entrent dans des entreprises modestes. Dans les deux cas, ils commencent au bas de la hiérarchie. C’est l’entreprise qui va les former et ils vont en parcourir progressivement les échelons.

Pour en savoir plus : Jean-Luc Azra (2011) «Les Japonais sont-ils différents?» (Éditions Connaissances et Savoirs)

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